don__t_be_afraidLa peur, ce système d'alarme naturel de l'organisme, peut parfois nous sauver la vie. Mais comme toute chose utile, elle peut nous faire du tort lorsqu'elle s'emballe..

En particulier, lorsque la peur devient chronique parce qu'elle est entretenue quotidiennement, elle peut nous terroriser au point de paralyser l'action et d'empêcher la pensée.

C'est le cas de certains régimes politiques qui mettent en place un ensemble de mesures répressives destinées à briser toute volonté d'opposition. Ceux qui pensent différemment sont alors persécutés sans relâche par des gouvernements autoritaires. Ceux-ci, pour se maintenir au pouvoir, font régner au sein de la population ce que l'on appelle une " culture de la peur ".

Une culture de la peur peut donc se mettre en place à cause de la violence de l'armée et de la police, comme c'est le cas avec les dictatures militaires. Elle peut aussi naître du terrorisme et de tout son cortège de moyens visant à créer un climat de terreur (assassinats sélectifs, bombes dans des lieux publics, etc.)

La culture de la peur est aussi présente dans les sociétés contemporaines dites démocratiques. Elle s'entretient cependant différemment, par des moyens plus subtils qui passent en grande partie par les grands médias.

De nombreuses structures cérébrales inter-reliées concourent à nous doter d'un système de détection des dangers pour favoriser la survie de notre organisme. Du point de vue psychologique, ce système provoque ce qu'on appelle la peur et met en branle les comportements souvent salutaires qui lui sont associés.

Mais le contact quotidien avec la peur crée ce qu'on appelle une "culture de la peur" qui paralyse la capacité des peuples à participer à la vie démocratique. Les cultures de la peur peuvent être évidentes et brutales comme celles des dictatures. Mais elles peuvent aussi être plus subtiles et remplir leur rôle de contrôle des collectivités par l'entremise des médias.

En effet, la plupart de gens demeurent aujourd'hui plusieurs heures par jour assis devant leur téléviseur à regarder des images spectaculaires de meurtres, de guerres ou de répression qui, par leur rythme effréné, ne favorisent pas l'analyse et la compréhension mais plutôt l'ignorance. L'ignorance mène alors à la peur, et la peur à la haine et à la violence.

Il devient alors normal pour les gens d'épier ou de dénoncer leurs voisins, d'avoir peur de laisser leurs enfants jouer dans le quartier, de régler leur différends avec des armes à feu ou de taire leur conviction profonde de peur d'être identifié au paria du moment (le sauvage, le communiste, le terroriste, etc…).

Dans de telles cultures de la peur, les gens en viennent souvent à accepter des mesures de contrôle social qui briment leurs libertés individuelles et leur droit à prendre part aux débats théoriquement permis par les démocraties.

C'est ainsi qu'on constate aujourd'hui que le mode de fonctionnement des grands médias dans les démocraties occidentales capitalistes suit un modèle propagandiste où l'information est épurée en traversant plusieurs filtres institutionnalisés…

Le terrorisme est souvent la dernière arme que possède un peuple pour faire entendre sa voix. Parce que ses moyens d'actions spectaculaires génèrent un climat de peur tellement horrible, il amène les dirigeants et les intellectuels des pays visés à affirmer que nous sommes confrontés à un ennemi se situant hors des limites de la politique normale et, en vérité, hors de la civilisation. Mais en refusant ainsi de penser l'acte terroriste en termes politiques (c'est-à-dire de rechercher les causes historiques et géographiques de cette violence), les autorités augmentent encore davantage la peur que les citoyens ordinaires éprouvent déjà.

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